Dallas, USA - Photographer

Dylan

Interview made by Cyril Bruyelle in March 2017​

Jaime Paz Zamora est un ancien Président Bolivien (1989 – 1993). Il est le fondateur du Mouvement de la Gauche Révolutionnaire (MIR) et a vécu en exil contraint pendant plusieurs années avant de réussir à gagner le pouvoir en Bolivie. Il s’est toujours présenté comme un fier défenseur de la démocratie. En 1980, il fut victime d’un mystérieux accident d’avion dont il fut le seul survivant. Certains diront que cela l’a aidé à se faire élire.

Qu’est-ce que vous vouliez faire quand vous étiez enfant ?

D’abord je voulais être aviateur. Après ingénieur. Et ensuite, grâce à l’influence religieuse de ma famille, je voulais être prêtre, missionnaire. Je sentais vraiment une vocation religieuse qui, après quelque temps, s’est en réalité transformée en vocation politique.

 

Avez qui aimeriez-vous boire un café

Avec quelqu’un qui sait boire un café, qui sait le déguster, qui s’y connait en café. Comme cela on pourra parler de café, et aussi d’autres choses

 

Si vous pouviez faire enseigner quelque chose dans toutes les écoles du monde, qu’est-ce que ce serait ?

La tolérance. Comprendre l’autre, l’accepter, partager avec lui. C’est le plus important je pense

 

Quelle est pour vous la principale caractéristique commune à l’être humain ?

La tendresse. Au fond du fond de l’être, à la fin, on trouve de la tendresse

 

Selon vous, quelle est la personne la plus heureuse du monde

Moi, je me considère heureux.

Quelle autre personne à l’air heureuse ? Le Pape doit être heureux je pense. Cela se voit qu’il est heureux

 

Si vous étiez président des Etats-Unis, quelle serait votre première réforme ?

Générer les conditions pour établir un leadership amical. C’est-à-dire établir un leadership basé sur l’amour, sur la compréhension. Les Etats-Unis peuvent le faire, ce sont même peut-être les seuls à pouvoir le faire. Je pense d’ailleurs qu’après la guerre froide les Etats-Unis ont perdu leur momentum. Clinton a été un Président qui n’a pas réussi à gérer ce leadership. Parce qu’après les tensions de la guerre froide, les Etats-Unis étaient les grands vainqueurs, et c’est le moment précis où ils auraient pu organiser un nouvel ordre mondial amical, basé sur les concepts de l’amour et de la compréhension. C’est le moment où les Etats-Unis ont perdu. Depuis ils avancent à la dérive, ce qui a mené à l’évènement grotesque de l’élection de Trump. Mais Trump est la fin. Je pense qu’après cela les Etats-Unis auront à nouveau l’opportunité de créer un leadership mondial amical.

 

De quoi avez-vous besoin ?

D’illusions, à tous les niveaux. Parce que les illusions mènent à l’espérance.

 

Que feriez-vous si l’on vous donnait maintenant 1 million de dollars ?

Je l’utiliserai pour organiser une alternative politique démocratique en Bolivie

 

Quelle innovation, réaliste ou non, faciliterai grandement votre quotidien ?

Une invention magique qui fait disparaitre la fatigue, et qui alimente mon optimisme

 

Quelle sont les informations qui vous touchent le plus dans votre pays et pourquoi ?

Ce sont les informations qui ont à voir avec la précarité de certaines populations en Bolivie. Par exemple la précarité qui conduit à la mort sur certaines routes extrêmement dangereuse dans les collines boliviennes. Les gens n’ont d’autre choix que de les emprunter, avec des véhicules la plupart du temps en piteux état, presque comme un voyage vers la mort. Le nombre d’accidents en Bolivie à cause de la précarité est énorme. Et il en va de même pour la précarité liée à la faim et à la malnutrition. La précarité sous toutes ses formes, c’est cela qui m’affecte le plus en Bolivie.

 

Si vous deviez créer une entreprise, ce serait quoi ?

Ce serait une entreprise qui crée une technologie de pointe, qui pour moi est l’amour. L’amour va être la technologie de pointe de XXIe siècle. Les gens vont chercher à acheter l’amour. Les gens vont aller dans des lieux où ils sentent l’amour, dans des lieux où ils sentent de la solidarité, de la tranquillité. Cela sera le produit le plus cher d’ici un siècle.

Mais ce que je te dis n’est pas simple : comment produit-on de l’amour ?  Cela se fait en produisant des comportements amicaux, des situations amicales, des lieux amicaux. En espagnol, amical [« amable » dans l’interview, NDL] est un synonyme d’amour. Donc je pense que l’entreprise qui peut réussir à produire de telles situations peut avoir beaucoup de succès. Si tu peux créer les conditions de l’amour, alors tu crées l’amour. De même que la vie apparaît quand il y a les conditions pour qu’elle apparaisse. On cherche bien des planètes où il y aurait potentiellement des conditions pour qu’il y ait de la vie. Là est toute la question, quelle entreprise va trouver comment on génère les conditions de l’amour ? C’est une entreprise originale en tout cas !

 

De quoi avez-vous peur ?

De la surprise, de l’inconnu, dans quelques circonstances que ce soit. J’ai peur qu’on me prenne par surprise. Si je savais je n’aurais pas peur. Parce que je penserai directement à comment je pourrais réagir, y faire face. Ce dont j’ai peur c’est d’être sans défense. Ou quand tu marches seul la nuit dans un lieu sombre par exemple. Tu ne contrôles pas ton environnement.

La peur serait en quelque sorte le résultat d’un manque d’information.

 

Fermez les yeux, vous êtes en 2100, que voyez-vous ?

Je me vois en train d’atterrir sur Mars, avec l’impression que je ne vais pas y trouver de vie.

 

Quelle est la plus belle chose que vous ayez vue dans votre vie ?

La femme              

 

Si vous deviez écrire un livre sur le monde d’aujourd’hui, quel titre lui donneriez-vous ?

Le meilleur est à venir

 

Qui est dieu pour vous ?

L’énergie.

 

Quelle est la spécificité culturelle bolivienne qui vous rend le plus fier ?

La tendresse. La Bolivie est un pays tendre. Il y a d’ailleurs un passage de l’hymne national qui n’est pas beaucoup chanté et qui dit : « Cette terre innocente et belle ». La définition de la Bolivie comme une terre innocente, je pense que c’est tout à fait vrai. Notre peuple est un peuple innocemment tendre. Hommes et femmes. Cela se note aussi dans le langage. La façon de parler bolivienne est pleine de diminutifs. On ne dit pas « Soldado » (un soldat), on dit « Soldadito ». On ne dit pas « Chico » (mec), mais « Chiquito ». Ce sont des diminutifs qui expriment la tendresse

 

Si vous pouviez faire n’importe quel métier, sans rapport à l’argent, que feriez-vous ?

Ce que je fais. Avec un rapport à la nature, à l’environnement, à l’écologie, à la politique, et à l’art de la terre. Quelque chose autour de tout ça.

 

Avez-vous la sensation que votre vie est plus simple ou plus difficile que celle de vos parents.

Meilleure, bien meilleure. De tous les points de vue.

 

Si vous deviez décrire notre planète à un extraterrestre, que lui diriez-vous ?

Je lui dirai « regarde, là où tu vois une planète bleue, c’est nous. Ici il y a plus d’eau que de terre. Et encore beaucoup de place pour beaucoup de monde. »

 

Et vous, quelle question aimeriez-vous poser au monde entier ?

Etes-vous prêts à construire un monde meilleur ?